Guillaume Chapuy : « S’expatrier est une autre forme de remise en question »

Institutionnel

Après un séjour à l’université McGill de Montréal l’année dernière, Guillaume Chapuy, spécialiste de combinatoire, a prolongé son expérience à l’international pour une seconde année. Il nous explique les apports de ce nouvel environnement, et les difficultés qu’il peut rencontrer.

Quelles étaient vos motivations pour partir ?

Dans le domaine de la recherche, il est important de voyager pour des conférences, de rencontrer de nouvelles personnes, de prendre des risques, de potentiellement perdre du temps pour voir de nouvelles choses… Le tout va s’accumuler pour constituer un bagage scientifique. Ça faisait plusieurs années que j’étais à Paris, je trouvais intéressant de me confronter à autre chose de façon plus longue qu’une semaine de visite de temps en temps, comme on a l’habitude le faire dans ce travail. Le travail de chercheur, c’est se remettre en question, mais partir c’est un mode différent de remise en question, on essaie de se stimuler, de se mettre en situation de découvrir de nouvelles choses. Je connaissais Vancouver pour avoir fait une année de post-doc là-bas, j’avais envie de retrouver les mathématiques canadiennes, des personnes avec qui je voulais collaborer, et d’autres que je voulais rencontrer. Au niveau personnel, c’était aussi un moment propice pour partir.

Votre thématique de recherche a-t-elle évolué durant cette période à l’étranger ?

Je continue à travailler sur la combinatoire énumérative, mais j’ai pu le faire en me confrontant à des situations nouvelles. C’est un domaine de recherche un peu particulier qui est une science mathématique mais avec beaucoup d’interfaces avec l’informatique et la physique, et donc un contexte qui se prête à la discussion avec des collègues de tous horizons. L’année dernière, j’étais dans un département d’informatique, et nous avons réalisé que certaines questions que nous nous posions indépendamment étaient, en fait, liées. Ils apportaient un point de vue plus algorithmique que le mien, et grâce à la complémentarité de nos apports, nous avons réussi à résoudre ces problèmes ensemble. Pour moi c’est très positif, ça illustre bien ce qu’on espère qui pourrait se passer en créant ce genre de situation. Cette année, avec un groupe de physiciens, nous nous sommes rendus compte que nous travaillions sur des thématiques proches, et donc nous allons essayer d’avancer conjointement. Cela constitue un investissement assez lourd pour se comprendre, quand on échange avec des personnes qui ne sont pas du même domaine, mais il y a également beaucoup de choses à tisser.

Quels sont les points positifs et négatifs que vous mettriez en avant ?

Au niveau positif, au-delà des collaborations que l’on met en place, cela permet de créer un réseau de personnes que l’on connaît bien, de contacts assez proches pour la suite, par exemple pour la mobilité des étudiants en thèse ou en post-doc. Mais c’est aussi une opportunité formidable. Pouvoir s’expatrier dans de bonnes conditions matérielles et sans sacrifier à la stabilité de son emploi est vraiment une grande chance. Pour évoquer les aspects plus négatifs, je dirais tout de même que continuer des collaborations avec ses anciens collègues à 6000 km de distance demande plus d’énergie, pour être présent à travers des appels téléphoniques, des e-mails… C’est important d’être toujours actif dans son laboratoire d’origine, de voir ce qui se passe au niveau scientifique, pour les demandes de projets, pour préparer la suite. Mais ça demande une certaine patience de la part des collègues restés en France qui travaillent avec quelqu’un de moins présent.

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Guillaume Chapuy
CNRS senior researcher, member of IRIF