La recherche européenne s’organise pour l’IA
Derrière la foule d’acronymes et de projets plus ou moins interconnectés, les scientifiques français et européens montent au créneau de l’intelligence artificielle. Mais les réseaux CLAIRE, HumanE-AI ou encore TAILOR ne visent pas la simple course à la performance, ils accompagnent l’émergence d’une approche portant les valeurs de l’Europe, soucieuse de la protection des données et attentive aux implications, en particulier éthiques, des interactions entre humains et machines.
Face aux efforts et aux moyens mobilisés par la Chine ou les États-Unis dans le domaine de l’intelligence artificielle, la recherche européenne s’organise. Un véritable millefeuille de réseaux et de projets où les questions éthiques sont centrales. « La Commission européenne a lancé plusieurs appels ces dernières années pour des projets ambitieux en IA, explique François Yvon, directeur de recherche CNRS au LIMSI
François Yvon, spécialiste du traitement automatique des langues, participe ainsi au programme pluridisciplinaire HumanE-AI, dédié à l’approfondissement des interactions entre robots et humains. Une question qui couvre par exemple la possibilité pour une IA d’apprendre directement d’un opérateur, comme un ouvrier qui lui montrerait un geste technique à reproduire. Une tâche qui se complique en contexte industriel, où le bruit ambiant force les employés à communiquer différemment et perturbe la reconnaissance vocale des IA. HumanE-AI se concentre ainsi sur l’intégration des modèles cognitifs et sociaux humains.
S’adapter à un débit de parole, se tenir à une bonne distance, éviter les gestes brusques à proximité des gens, repérer les signes non verbaux d’acquiescement, prendre en compte des différences culturelles dans l’expression des émotions… Ces questions s’éloignent des aspects purement mathématiques liés à l’optimisation de l’apprentissage profond ou du big data, mais elles sont essentielles au développement d’une IA responsable, capable de comprendre les intentions de ses utilisateurs et d’expliquer ses actions et ses buts. HumanE-AI rassemble ainsi une cinquantaine de partenaires académiques et industriels, comme le CNRS, l’Inria, Sorbonne Université, Grenoble-Alpes Université, Thalès, Airbus, etc.
Une coopération qui s’illustre également avec CLAIRE
C’est d’ailleurs parce qu’il est membre de CLAIRE qu’Andreas Herzig, directeur de recherche à l’IRIT
« Nous n’avons pas accès à la manière dont les IA subsymboliques parviennent à leurs conclusions, déplore Andreas Herzig. Même si leurs résultats sont bons, comment leur faire confiance ? Nous voulons accompagner leur apprentissage d’une explication logique, ce qu’on ne sait pas encore faire. » TAILOR érige pour l’instant un état des lieux de la recherche, mais vise à terme à intégrer aux IA, dès leur conception, le respect de la vie privée et une théorie de l’esprit, c’est-à-dire la capacité à se mettre à la place d’un autre. Le projet rassemble en France des membres de l’IRIT, du LIRMM
« Les Chinois et les Américains sont en avance en matière d’IA, poursuit Andreas Herzig, mais nous misons sur cette IA hybride pour aller plus loin. L’IA de confiance n’ira pas seulement très vite, on saura également pourquoi elle fait ses choix, sans la laisser faire n’importe quoi. C’est un objectif très caractéristique de l’effort européen dans le domaine. »